lundi 27 avril 2009

Je boycotte les épiceries du groupe Loblaws, et vous?

Hier, il était annoncé que les gouvernements du Québec et du Canada accordent 192 millions de dollars pour le secteur agricole et alimentaire, pour le rendre plus compétitif, plus innovant et surtout pour offrir plus de débouchés à des producteurs malmenés par la globalisation, la crise financière et les nouvelles habitudes alimentaires des consommateurs. À qui va aller cet argent? Nos petits producteurs déjà plus durement touchés par la crise vont-ils en profiter? Surtout, cet argent fera t'il une différence alors que le secteur privé fait tout pour consolider et centraliser la production au détriment de choix éthiques et environnementaux?

En effet, il y a quelques semaines l'un des plus gros clients de ce secteur, le groupe Loblaw a décidé d'empêcher les épiceries de son groupe de s'approvisionner localement. Tout devra désormais passer par les grands centres de distribution. De plus les producteurs devront supporter des coûts supplémentaires pour faire accréditer leurs produits. En clair, si vous aviez l'habitude d'aller au Provigo du coin car certains fruits, légumes ou fromages étaient toujours frais, il va falloir y repenser. De plus, on peut facilement imaginer la perte de qualité inhérente à une telle décision. Prenons un exemple: le Loblaws de Granby est aux portes d'une des plus riches régions fromagères du Québec. En tant que producteur de fromage, si je veux continuer de vendre mon fromage de chèvre au Loblaws je vais devoir d'abord l'expédier par la route au centre le plus proche (vraisemblablement à Laval) pour qu'ensuite ces mêmes fromages reviennent à quelques encablures de leur lieu de production. Le concept de fraîcheur devient très relatif (pour d'autres exemples voyez un article de l'Actualité de 2004).

Une fois de plus, au Canada, nous oublions à quel point les enjeux environnementaux sont complexes. Si le concept de kilométrage alimentaire vous intéresse, je vous conseille cet article de Stéphanie Bérubé et le rapport du Worldwatch Institute.

Loblaw contrôle près du tiers du marché de l’alimentation au détail au Canada et opère sous diverses bannières dont Maxi et Provigo. La semaine dernière le groupe était montré du doigt pour ce que je prendrai la liberté d'appeler du greenwashing: Le groupe a annoncé fièrement que désormais les sacs de plastique seraient vendus à 5 sous l'unité. Excellente motivation pour les rebelles qui refusent toujours de comprendre à quel point les sacs d'épicerie en plastique polluent et formidable source de revenus additionnelle pour Loblaw. Non seulement les épiceries du groupe vont encaisser les 5 sous mais en plus nombre de consommateurs vont préférer acheter les sacs réutilisables facturés plus cher. Certains, comme Rona ou la SAQ, ont choisi de reverser 100% de ces revenus à des fondations luttant pour l'environnement. Pas Loblaw!

Le groupe a annoncé fièrement qu'il fairait "un don" au WWF-Canada. C'est l'exemple type du trop peu-trop tard. Sous couvert de volonté environnementale, Loblaw va en fait mettre encore plus d'argent (il y a fort à parier que la vente des sacs jetables ou réutilisables génèrera beaucoup plus que les 3 millions promis) dans ses propre poches et non pas dans celles de groupes environnementaux qui au Canada ne survivent que grâce aux dons privés et dont les sources de financement se sont singulièrement taries depuis le début de la crise financière (voir l'excellent article de François Cardinal de La Presse pour plus de détails).

Je boycotte les enseignes du groupe dès à présent (et je suis tenace, j'ai boycotté Wal-Mart pendant 4 ans sans aucune rechute) et je vous encourage à en faire autant si l'environnement vous importe, la qualité de votre alimentation vous préoccupe et si en général vous n'aimez pas être traité en consommateur imbécile.

Avec quelques collègues et amis concernés, nous avons créé une pétition sur internet. Signez là et encouragez ceux autour de vous à faire de même.

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